Le patrimoine culturel immatériel en débat, Rencontres Scientifiques et Conférences à la Maison de la Culture de Tamanrasset

Ces journées d’études scientifiques avaient pour but de tirer la sonnette d’alarme sur l’urgence de prendre en charge le patrimoine immatériel dans le Sud algérien, d’une part, et d’autre part, de mettre en exergue la relation directe liant ce patrimoine à son environnement social.

Le Festival international des arts de l’Ahaggar, dans sa deuxième édition, ce n’est pas uniquement de la musique et de la danse. Durant trois jours (du 12 au 14 janvier), des scientifiques, algériens et étrangers, ont animé un cycle de conférences débats autour du thème générique : “La problématique du patrimoine culturel en rapport à l’environnement naturel”.

Mercredi dernier, premier jour des conférences, quatre intervenants se sont succédé sur la scène de la salle Dassine de la maison de la culture de Tamanrasset. Le Pr André Bourgeot (directeur de recherche émérite au CNRS, France) a abordé “l’approche méthodologique”, prenant pour exemple la réserve du parc de l’Aïr-Ténéré (Nord du Niger). Il a été suivi par le Dr Ludovic O Kibora (anthropologue, Burkina Faso) qui a parlé de la réussite du projet du ranch de gibier de Nazinga. Il a démontré que ce projet a réussi grâce à la participation de la population locale, et ce à travers toute une politique de gestion tenant compte des réalités des espaces géographique et social. M. Abdelguerfi (laboratoire Physiologie végétal, INRA et L-RGB, El Harrach, Algérie), a traité “la gestion des ressources génétiques en relation avec le savoir-faire ancestral”. Il s’est appuyé sur les ressources génétiques dans les zones sahariennes (gène d’adaptation à divers stress et abiotiques).

Selon lui, la méconnaissance de ces gènes et leur non-valorisation conduisent à leur détérioration, voire disparition. Car ces ressources génétiques “doivent constituer l’élément clé pour la mise au point de génotypes (race, cultivars, souches… )”. Pour se faire, il est impératif de tenir compte des “savoirs et savoir-faire ancestraux ainsi que la sagesse des populations locales [qui] sont aussi des éléments à prendre en compte pour le développement de l’agriculture et surtout pour un développement durable. C’est à travers des exemples que l’accent est mis sur l’intérêt de préserver et de valoriser les ressources génétiques locales tout en tenant compte des savoirs et des savoir-faire locaux”, a-t-il déclaré. Lui succédant, le Dr Jérôme Magail (docteur en anthropologie et administrateur principal au Musée d’anthropologie préhistorique, Monaco) a montré l’importance d’étudier les modalités de la transmission des savoirs et des rituels pour mieux comprendre les spécificités de chaque culture. Le lendemain, même lieu, quatre nouveaux conférenciers. Quatre nouvelles approches, mais qui se croisent. Les trois premiers intervenants se sont accordées à dire qu’il est plus que primordial de sauvegarder le patrimoine culturel touareg qui risque de disparaître sans laisser une succession ou de trace.

Le Dr Belalimat Nadia (anthropologue et ingénieur d’étude) à appuyé son intervention par “la tradition chantée de l’iswat” (qui signifie réunion). Un cycle musical très populaire chez la jeunesse touareg des campements. Elle a expliqué le déroulement de ce cycle qui, malheureusement, risque de disparaître s’il n’est pas pris en charge. Badi Dida (anthropologue et chargé de recherches au CNRPAH, Alger), a, lui, abordé le savoir-faire agricole des femmes sédentaires dans le Tassili n’Ajjer, à travers l’organisation à laquelle obéit ce travail agricole. Au dernier jour de ces rencontres scientifiques, Ahmed Bedjaoui, à travers sa contribution, a mis en exergue la relation étroite entre la communication et le patrimoine. “La communication joue un rôle positif mais aussi négatif” dans la promotion du patrimoine, a-t-il déclaré. Pour étayer ses propos, il donna l’exemple de la ville de Pétra en Jordanie qui, depuis son ouverture au public en 1998, accueille 12 millions de touristes par an qui la visite mais la détruisent en même temps. Ce site a subi quelques transformations qui l’ont dégradé. Selon l’orateur, pour que la communication réussisse, il faut associer la population. Et quand elle est utilisée à bon escient, elle peut enrichir les mémoires. Elle joue un rôle prépondérant dans la transmission du patrimoine.

L’autre exemple donné est celui du cinéma. En Algérie, trois films, selon M. Bedjaoui, on véhiculé le patrimoine culturel algérien, plus précisément celui de la ville d’Alger : Tahya ya Dido, Délice Paloma et la Bataille d’Alger ont contribué à valoriser ce dont Alger est fière : ses escaliers. Les débats qui suivirent toutes ces conférences avaient permis de créer une pulsion envers ce patrimoine culturel. D’ailleurs, les recommandations des ces journées scientifiques ont abondé dans ce sens : promotion, sauvegarde et sensibilisation.

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