
A 80 ans, le cinéaste René Vautier, dont le court-métrage "Afrique 50", censuré pendant quarante ans, est diffusé pour la première fois mercredi à la télévision française, n'a rien perdu de son esprit de révolte.
"C'est la première fois qu'il passe à la télévision! A presque 60 ans!", s'étonne celui dont les films dérangeants, souvent interdits, ont toujours emprunté d'autres canaux de diffusion, comme les mouvements de jeunes.
Se revendiquant comme "le cinéaste français le plus censuré", René Vautier raconte savoureusement et tranquillement le premier coup d'éclat d'une vie de combats passée entre fuite, prison, grève de la faim, menaces et condamnations.
En 1949, à 20 ans, ce jeune diplômé de l'Idhec (Institut des hautes études cinématographiques) s'est ainsi caché dans le pays Dogon, à la fin d'un périple africain de six mois, pour sauver les bobines d'un court-métrage devenu le premier film anti-colonialiste du cinéma français.
L'histoire incroyable d'"Afrique 50", digne d'un roman d'aventure, est retracée dans un documentaire, "Le petit blanc à la caméra rouge" de Richard Hamon, diffusé mercredi soir sur la chaîne Cinécinéma Classic en même temps que le petit film-brûlot de René Vautier.
Ces 17 minutes de pellicules, montées à l'abri des regards dans une école d'Argenteuil, ont valu au cinéaste une condamnation à un an de prison.
"Amis, la colonisation, c'est le règne des vautours!", y lance-t-il d'une voix rageuse. Ou encore, en face d'un mur troué de balles en Côte d'Ivoire: "ici, une enfant de 7 mois a été tuée, une balle française lui a fait sauter le crâne".
"Quand on fait un film sur une situation brûlante, on risque de se faire brûler des deux côtés: lorsque j'étais en prison en Tunisie, la France me cherchait aussi pour me mettre en prison!", explique-t-il assis dans l'atelier de sa maison de Cancale (Ille-et-Vilaine), où sont rangées les cassettes qu'il a pu conserver.
En 1997, sourit-il, le ministère des Affaires étrangères lui a remis officiellement la copie confisquée d'"Afrique 50", maintenant projeté à l'étranger sous le patronage du Quai d'Orsay.
Son regard s'est beaucoup porté sur la guerre d'Algérie, avec notamment "une Nation l'Algérie" (1954), pour lequel il a été poursuivi pour "atteinte à la sécurité intérieure de l'Etat", "Algérie en flammes" (1958) et surtout "Avoir 20 ans dans les Aurès", primé à Cannes en 1972 et son oeuvre la plus connue.
Il formera ensuite la première génération de cinéastes algériens.
Son engagement politique remonte à la Résistance dans le Finistère. "Amené à utiliser une grenade, je m'étais dit que jamais plus je ne me servirai d'une arme", raconte celui qui travaille encore actuellement à un film sur la censure.
Il a déjà tourné au total 180 films, décompte-t-il, avec en filigrane cette devise gravée sur le chambranle extérieur de la porte de son atelier de montage: "Avoir 20 ans toute sa vie".







