Appelé dans le langage populaire tremblement de terre, le séisme est l’un des phénomènes naturels les plus courants et les plus craints par l’homme, à cause de sa soudaineté, de son caractère destructeur et le fait qu’il survient par surprise et de façon brutale et souvent violente, causant une panique générale incontrôlable. Malgré cela, il n’est qu’un mouvement géologique tout à fait ordinaire sous forme d’une ou de plusieurs secousses, car lié à l’activité de l’écorce terrestre, en perpétuel mouvement, depuis la formation de la Terre, il y a des centaines de millions d’années.
D’une manière générale, il se produit, annuellement, environ un million de secousses telluriques dans l’écorce terrestre, perceptibles par l’oreille animale, mais elles passent inaperçues à l’ouïe humaine. Environ, 100 000 d’entre elles sont perceptibles à travers tout le globe terrestre, et un nombre plus réduit encore est ressenti nettement car plus ou moins violentes et destructrices. On mesure l’intensité, la durée et l'heure des séismes à l’aide d’appareils extrêmement sensibles appelés les sismographes. Ces mesures sont exprimées en magnitudes au nombre de douze, sur la célèbre échelle de Richter.
Causes des séismes et leurs catégories
Les séismes se distinguent les uns des autres par leur nature et les causes qui les provoquent. Celles-ci peuvent être résumées comme suit. Tout d’abord, il y a lieu de noter que la principale cause est la rupture brusque d’une plaque tectonique en contact avec une plaque similaire, sachant que l’écorce interne de la Terre est soumise à de terribles pressions et à des mouvements intenses et sans arrêt. Le point de rupture des roches s’appelle le foyer du séisme, et il est situé, généralement, à une profondeur équivalent à une soixantaine de kilomètres de la couche initiale et toujours sous l’épicentre, c’est-à-dire le relief extérieur sur lequel nous vivons.
Il arrive souvent que les plaques tectoniques soient soumises à trois mouvements différents. Soit, elles se dirigent l’une vers l’autre (convergence) provoquant, ainsi, un choc frontal gigantesque, ou bien elles glissent l’une au-dessus de l’autre en coulissage, ou, enfin, elles s’écartent les unes des autres (divergence), ce qui provoque une cassure terrible des roches, se répercutant, autant que les autres mouvements, sur de très longues distances. Ce faisant, une énergie formidable se libère sous forme de chaleur, due au frottement des plaques, ou de vibrations qui se répandent dans tous les sens sous formes d’ondes sismiques de la même façon que les ondes qui apparaissent lorsqu’on jette une pierre au milieu d’une flaque d’eau et qu’on voit s’éloigner du point de chute de la pierre. Les ondes sismiques se répandent à des vitesses qui peuvent atteindre 25 000 km à l'heure.
Les points de rupture des plaques sont appelés les failles et selon la direction du mouvement de cassure, on dit qu’elles sont des failles normales quand elles s’écartent, ou inverses (dans le cas où elles se rapprochent les unes des autres), ou bien, de décrochement lorsque l’écartement se produit dans le sens vertical.
Les plus grandes failles se situent dans le continent américain le long des côtes ouest qui longent l’océan Pacifique du nord au sud (de l’Alaska jusqu’à la Terre de feu).
On les trouve aussi à l’est de l’Afrique, des Grands lacs en direction de la mer Rouge par la Corne du continent noir. Cette formidable faille se prolonge toujours dans la même orientation par la Palestine et l’Iran jusqu’en Asie centrale. Une autre faille existe en Asie de l’Est en face de l’océan, englobant la Chine et l’ensemble des pays voisins et des milliers d’îles éparpillées dans cet immense océan (Philippines, Indonésie, principalement). Enfin, le Maghreb est traversé par une importante faille qui, en suivant une direction sud-ouest-nord-est, se prolonge, à travers la Méditerranée, vers l’Europe du Sud et l’Europe centrale. Globalement, les tremblements de terre sont classés, en fonction de leur mode de génération, en séismes naturels qui sont dus à l’activité générale de l’écorce terrestre, ou bien en séismes artificiels causés par l’activité humaine. On distingue dans le premier genre, de loin les plus nombreux, les séismes tectoniques (cassure des roches à cause des forces exercées sur les parois des roches rigides), les séismes volcaniques (provoqués par les éruptions des volcans ou les dégazages issus des antres de la Terre) et les séismes d’effondrement (par glissement de terrain ou effondrement de cavités souterraines).
Les séismes artificiels sont des petits séismes locaux sans grande gravité dus surtout aux multiples activités qu’accomplit l’être humain au cours de l’utilisation des explosifs, de construction des barrages, de percement des tunnels, d’exploitation des carrières et des mines, ou quand on procède à des essais atomiques souterrains.
Selon les distances de l’épicentre (point situé à la surface de la Terre exactement à la verticale de l’hypocentre) du foyer du séisme, en profondeur, on distingue : les séismes superficiels (jusqu’à 50 km dans l’écorce terrestre), les séismes intermédiaires (entre 50 et 400 km) et, enfin, les séismes profonds (au-delà de cette dernière distance jusqu’à une profondeur qui peut atteindre 700 km).
Par ailleurs, les séismes sont souvent suivis de secousses plus ou moins violentes et dont le nombre et la durée varient dans le temps et dans l’espace. Elles portent le nom de répliques et certaines sont, parfois, plus violentes et plus destructrices que le séisme lui-même, car survenant au moment où les secours sont déclenchés. Là aussi, elles conduisent irrémédiablement à l’effondrement des constructions et des bâtisses déjà éprouvées, auparavant, par la secousse originelle.
Beaucoup de séismes surviennent dans les zones où se localisent les volcans ; ces derniers peuvent provoquer, lors de leurs éruptions, des séismes plus ou moins importants. L’un des meilleurs exemples est celui qui affecta, en 79 de notre ère, les deux célèbres villes d’Herculanum et de Pompéi qui furent ensevelies avec leurs milliers d’habitants, en quelques minutes seulement, par l’éruption du Vésuve (le fameux volcan situé près de la grande ville de Naples, au sud de l’Italie).
Les tremblements de terre qui ont pour théâtre les fonds marins ont pour conséquence le déclenchement de raz-de-marée et de tsunamis d’une force phénoménale. Les eaux des océans, par la libération d’une formidable quantité d’énergie souterraine, gonflent et se déplacent à une vitesse variant entre 500 et 800 km à l'heure, en profondeur (quelques milliers de mètres), et une moyenne de 30 km à l'heure en surface. Leurs effets sont extrêmement dévastateurs pour les villes maritimes et les habitants des pays affectés (Japon, Philippines, Indonésie, Antilles, etc.).
Concernant notre pays, on apprendra que la région côtière algérienne ne s’étend que de 0 à 33 km de profondeur seulement. Tout notre littoral, de l’ouest vers l’est (comme le Maghreb du Nord, du Maroc jusqu’en Tunisie), de formation récente, est situé dans une zone tectonique des plus favorables, le long d’une faille où existe un chevauchement de la plaque eurasienne avec la plaque africaine. Elle se prolonge, bien sûr, le long de l’Europe du Sud en direction nord-est vers l’Europe centrale et de l’Est. Ainsi, les pays du pourtour méditerranéen connaissent beaucoup de séismes (Afrique du Nord, Espagne, Italie, Grèce, Turquie, etc.).
Mesure et quantification de l’intensité sismique
Ce formidable phénomène géologique qu’est le tremblement de terre, observé et étudié depuis longtemps, est impossible à prévoir, mais l’homme a pu inventer des instruments et des méthodes scientifiques pouvant enregistrer ses ondes et mesurer sa force, principalement à l’aide des sismographes. Des stations sont réparties dans différentes parties du monde, surtout dans les régions sismiques connues capables d'enregistrer l'heure et le moment où survient un séisme et localiser de façon précise son foyer.
On doit au sismologue et vulcanologue italien Giuseppe Mercalli (1850-1914) l’invention d’une échelle pour mesurer l’intensité du séisme, en 1902.
A partir de 1935, on abandonna la méthode de Mercalli pour une autre beaucoup plus appropriée, initiée par le géophysicien américain originaire de la Californie (une région très affectée par les séismes), Charles Francis Richter (1900-1985), et inventeur de l’échelle qui porte son nom. Celle-ci comporte 12 degrés et fournit la magnitude d’un séisme en fonction de la quantité d’énergie dégagée en son foyer. Ce ne sont pas, d’ailleurs, les deux seules échelles car il en existe d’autres moins connues et auxquelles l’on ne se réfère que localement.
Quelques séismes les plus violents connus
Le plus fort séisme en intensité enregistré jusqu’à ce jour est celui qui a touché, le 26 décembre 2004, l’île de Sumatra (Indonésie) et qui a atteint une magnitude de 9,3 degrés sur l’échelle de Richter et a fait plus de 232 000 victimes. Il est suivi par ceux de l’Alaska (9,2 degrés), en 1964 et l’autre (9,1), en 1957, de la presqu’île de Kamtachka à l’est de la Sibérie (9), en 1952, de l’Equateur (8,8), en 1906, de Sumatra encore (8,7), en 2005, de San Francisco (8,5), en 1906, du Chili (8,3), en 1939, et (8,2), en 1906, du Pérou (8,1) en 2001, et (8), en 2007.
Concernant la sphère arabe, il faudrait savoir que les tremblements de terre les plus intenses connus sont ceux de Chlef (7,2), en octobre 1981, et (6,7), en juillet 1954, de Boumerdès (6,8), le 21 mai 2003, et enfin, Agadir (6,7), en 1960.
Les séismes connus qui ont fait le plus de victimes sont ceux de Chine (en 1556), considéré comme le plus dévastateur et le plus meurtrier ayant fait environ un million de morts, d’Antioche (250 000), en 526, de Tangshau (Chine, 250 000), en 1976, de Tokyo (200 000), en 1703, de Gansu (200 000), en 1924, et de Xining (200 000), en 1927, situées toutes deux en Chine. Le séisme qui a touché Lisbonne, la capitale du Portugal, en 1755, faisant 60 000 victimes a été immortalisé par le penseur Voltaire dans son célèbre conte philosophique Candide et autres contes.
Les pertes subies par les villes d’Agadir (Maroc), en 1960, ont atteint 12 000 âmes, alors que 20 000 habitants d’Alger ont péri, en 1716, 1 450 personnes ont perdu la vie à Chlef, en 1954, 3 000 en 1981. La terrible catastrophe qui a dévasté la ville de Boumerdès et sa région a vu périr 2 260 victimes et fait des dizaines de milliers de blessés.
Pour terminer, et s’il est impossible de prévoir les tremblements de terre, l’homme pourrait plus ou moins les prévenir et atténuer les pertes et les dégâts par des normes de construction adéquates, une meilleure connaissance des séismes, des comportements dictés par une discipline individuelle et collective rationnelle…
par R. Mihoubi, La Nouvelle République, 2008.







