Transmission du VIH : polémique sur les résultats d’une étude suisse

La trithérapie antirétrovirale permet-elle de ne pas transmettre le VIH ? C’est en tout cas la conclusion d’une étude suisse dont la publication fait polémique entre les scientifiques mais aussi entre les associations. D’autant qu’elle ne concerne qu’une part des séropositifs et exclut les homosexuels…

Un rapport officiel suisse affirmant qu'une personne contaminée par le VIH et bénéficiant d'une thérapie antirétrovirale efficace ne transmet pas le virus pourrait bouleverser le comportement des couples sérodifférents. "Je sais que ces conclusions peuvent faire apparaître certaines craintes, mais je pense que l'information, crédible et qui repose sur des faits avérés et exacts, doit être connue", a commenté à l'AFP le professeur Bernard Hirschel, responsable VIH-Sida des Hôpitaux universitaires de Genève et coauteur du rapport de la Commission fédérale du sida, qui dépend de l'Office fédéral suisse de la santé publique.

Des conditions très nombreuses

Si l’annonce est spectaculaire et peut être source d’espoir, elle est néanmoins soumise à de très nombreuses conditions et doit être prise avec beaucoup de prudence. De nombreux paramètres doivent en effet être réunis. Si la thérapie a supprimé le virus dans le sang depuis au moins six mois et si elle est suivie rigoureusement par un patient n’ayant pas contracté d’IST (Infection Sexuellement Transmissible), un couple sérodifférent hétérosexuel, stable, n’ayant aucune relation extraconjugale, peut décider après avoir obtenu le feu vert de son médecin traitant qu'il renonce aux mesures de protection pendant des rapports sexuels.

Mise en garde d'Act Up

Act Up a accueilli l'annonce de la Commission suisse avec beaucoup de prudence. L’association a mis en garde "contre les discours imprudents, triomphalistes ou désinvoltes. (…) Cette annonce qui porte sur les couples sérodifférents ne concerne pas les 40% de malades sous traitement ayant une charge virale résiduelle malgré une bonne observance du traitement", a déclaré Act Up dans un communiqué " Elle n'est pas non plus applicable à la situation des homosexuels et aux rapports anaux en l'absence de données sur cette question ou dans cette population".

Même son de cloche auprès du CNS, le Conseil national français du sida, qui a réagi extrêmement prudemment, en jugeant que les données "restent trop préliminaires pour permettre des recommandations individuelles." Le groupe d'experts français a affirmé qu'il examinerait ces études "dans le cadre de la mise à jour de ses recommandations en 2008".

"Un bouleversement" selon Warning

A l’inverse, une autre association, Warning, a choisi de se réjouir des résultats de cette enquête. " L’annonce faite par la Commission Fédérale suisse pour les problèmes liés au Sida (CFS) crée un bouleversement majeur dans la vie des séropositifs et pour la prévention. Elle mérite plus qu’un communiqué lapidaire du Conseil National du Sida (CNS). En réagissant si promptement et de la sorte - sans contre argumentation scientifique - le CNS se montre bien désinvolte, alors que la CFS a fait l’effort d’exposer largement ses arguments. " Warning, qui s’était déjà intéressé il y a plusieurs mois aux travaux entrepris en Suisse, appelle ainsi à l’ouverture d’un débat en France sur ces sujets.

Quelle prévention?

Très clairement, les résultats de ces travaux relancent la réflexion autour des stratégies de prévention, notamment dans le cas des séropositifs ayant parfois du mal à suivre systématiquement les conseils d’utilisation du préservatif.

"Après vingt années de slogan "Sortez couverts", il ne sera pas simple de relativiser la crainte d'une contamination, profondément ancrée dans la tête des personnes concernées", relève ainsi Pietro Vernazza, membre de la Commission fédérale du sida dans un texte paru dans le Bulletin suisse des médecins. "Mais lorsque ce processus est engagé, les personnes infectées par le virus VIH voient leur qualité de vie s'améliorer". Et le chercheur de conclure: «La prévention du sida devient plus simple mais aussi plus complexe".