Il n’y a rien de plus humain que le rire, expression d’une intériorité face à des comportements singuliers ou désir de s’esclaffer par moquerie ou réaction naturelle. On ne rit pas de n’importe quoi ou n’importe où sous peine de s’attirer des ennuis et on ne rit pas seul au risque d’être montré du doigt comme un fou. Heureusement que le rire existe pour redonner de l’espoir ou détendre ceux qui, par leur nature ou leurs conditions de vie ont tendance à rester de glace.
Des études ont apporté la preuve qu’il y a des pays où on rit beaucoup plus qu’en d’autre. Cela tient peut-être au niveau de culture sinon aux conditions de vie ou aux convenances sociales qui n’accordent aucun moment propice à la joie de vivre et au défoulement.
Le rire, condition d’une vie équilibrée
Rire est bon pour la santé et les connaisseurs ne cessent de dire qu’il faut rire pour protéger son cœur, se destresser, s’assurer une prévention contre un grand nombre de maladies, retarder la vieillissement. Tout se passe dans le système parasympathique, un des deux systèmes neurovégétatifs, antagoniste de l’orthosympathique qui ralentit le système cardiaque en accélérant les mouvements du tube digestif. On peut ajouter que le rire est, pour un bon fonctionnement de l’organisme, aussi bon que la marche à pied. Le rire prolongé comme le fou exerce aussi une influence considérable sur l’ensemble des muscles sollicités pour les mouvements du corps que cela entraîne.
Le rire comme réaction naturelle peut être dû à une stimulation d’ordre physique comme le chatouillement de quelques parties du corps, telles les aisselles et la plante des pieds. Vous vous rappelez sans doute de celui qui, pour rire, se fait lécher les pieds par la chèvre.
La stimulation peut être aussi d’origine alimentaire en donnant à manger des produits aphrodisiaques qui provoquent un état d’excitation tel que la personne s’adonne à un rire effréné qu’elle n’arrive pas à maîtriser. En plus de ces trois types de stimulation, il faut ajouter une troisième qui est psychologique, celle provoquée par des propos ou situations émanant des comédiens ou humoristes de tous bords, nés pour faire rire ou payés pour créer des moments de récréation utile à la santé ou véhiculer des messages de manière ludique.
De la bouffonnerie à la comédie en littérature
Depuis la nuit des temps, l’homme a toujours fait rire ses semblables par ses propos, son comportement, ses stratagèmes. Et le pouvoir magique de faire rire étant devenu ou reconnu comme un art qui laisse supposer des talents, voire des prédispositions, est mis au service d’une population généralement frustrée sous la forme de sketchs, pièces théâtrales, monologues de comédiens ou d’humoristes heureux d’amuser et de se faire applaudir.
Ainsi, on a beaucoup ri avec les films de Hassan El Hassani, l’inspecteur Tahar accompagné de l’Apprenti. Mohamed Fellag a fait aussi le bonheur de bien des déprimés, désespérés, renfermés. Ceux qui sortent d’un spectacle de Fellag reviennent complètement remis en forme. Contrairement aux comédiens des pays avancés qui ont fait parfois les grandes écoles pour se faire une renommée, les nôtres sont nés avec leurs dons de faire rire. «Rien qu’à regarder Hassan El Hassani ou l’un de la clique d’Assab oua aoutar, j’ai envie de rire», dit un passionné des comédiens.
Il n’est pas sûr, comme on le dit habituellement, que le rire puisse être transmis de père en fils.
C’est par leur nature ou leur tempérament qu’une famille bannit même la discussion entre ses membres alors que d’autres rient beaucoup. On dit qu’un enfant qui ne rit pas n’est pas normal. Comme dans toute société, il existe aussi une catégorie de personnes qui ne trouvent pas de prétexte à joyeux propos ou pour rire. Ils souffrent de frustrations et sont à plaindre.
Comme le pouvoir de faire rire est un des attraits d la nature humaine indispensable à la santé physique ainsi qu’à l’équilibre mental, les écrivains, surtout les dramaturges en ont fait un terrain d’investigation en vue d’une production d’œuvres comiques pouvant procurer du plaisir. Ce fut le cas de Molière dont le théâtre s’et inspiré de la soie en société de son temps. Mais ses héros : Antigone, Don Juan, le misanthrope, l’avare, Tartuffe etc. se sont finalement avérés être de tous les temps et de partout. Molière ne savait sûrement pas que ses comédies destinées à faire rire pouvaient être intemporelles et universellement reconnues. Elles font rire tout le monde, sans distinction de race ni de religion. Actuellement, elles sont jouées dans toutes les langues. Il arrive qu’un spectateur apprenne à mieux se connaître en suivant attentivement le déroulement d’une comédie ou d’un sketch, il s’agit d’identifier «l’un des acteurs. Autrement dit, le théâtre fait découvrir dans une ambiance de rire tous les individus qui constituent la société. Chaque personnage incarne ce qu’il y a de meilleur ou de plus abject dans les traits de caractères humains».
Molière a fait rire parce qu’il avait ce talent, mais ses pièces ont été conçues aussi pour éduquer, faire prendre conscience à chacun de ses défauts, vices, vues de l’esprit, comportements absurdes, ou de ses qualités qui font de lui une victime potentielle. Mais que de travail éprouvant ! Il a réalisé pour mettre en forme une comédie. «Que de vers qui ont fait rire le public ont coûté des larmes à l’auteur!», disait-il.
Rabelais a lui aussi fait du mieux qu’il a pu pour amuser, faire rire quelques fois aux éclats, distraire mais en se fondant sur un vécu collectif pour apporter de quoi aider les autres à se forger une personnalité, comprendre tout sur les relations humaines et ce qui motive les agissements des individus dans toute leur diversité, en faisant rire aux éclats.
Il faut dire que peut être à la manière de Molière et de bien d’autres hommes de lettres qui avaient pour souci majeur d’instruire par le rire, Rabelais avait fait preuve de qualités pédagogiques.
Il a raconté qu’un jour, un métayer, qui venait de payer son dû au propriétaire qui lui avait loué sa terre, avait eu la désagréable surprise d’entendre ce dernier lui dire: «Monsieur, vous avez payé votre loyer, c’est bien et j’en suis heureux, mais vous me devez quelque chose d’autre: la moitié d’un pet. Après un repas copieux que le patron lui avait offert pour la circonstance, le métayer essaya toutes les formes de pet qui satisfassent son drôle de créancier, mais en vain, c’était trop faible ou trop fort ; aucune fois il ne réussit à obtenir de ce qu’on attendait de lui.
«On reviendra demain», lui dit le propriétaire. Arrivé chez lui, le pauvre homme qui avait été soumis à rude épreuve en plus du travail de la terre qui l’avait usé, raconta sa triste mésaventure à sa femme. «Demain, lui dit sa brave dame, nous irons ensemble et tu peux compter sur moi pour te sortir d’embarras, je me charge de le satisfaire.» Ce qui fut fait. Et sitôt arrivés, le méchant propriétaire les invita à se mettre à table. Il leur offrit à manger ce qu’il y avait de meilleur pour être bien rassasiés.
Au moment de la démonstration décisive, la femme qui s’était bien empiffrée, demanda un couteau qu’on lui remit sans tarder. Et sous les yeux écarquillés des hommes qui l’aient vue s’asseoir sur le couteau, elle produisit un gros pet qui, pour elle, était coupé en deux «Prenez votre moitié de pet, dit-elle au maître. Moi, je garde l’autre.» Ainsi, fut payée en totalité la dette. Des histoires qui ont fait tordre de rire le public sont d’origine populaire. Rebelais leur a donné une forme écrite pour le raconter ensuite sur les places publiques pour amuser. Le spectacle en plein air était devenu de son temps une tradition bien installée dans les esprits.
Le rire en société, un passe- temps agréable ou un moyen de se mettre en valeur
Cela se passe généralement, à l’occasion d’un événement heureux entre groupes réunis par affinités. Chacun essaie de faire de la meilleure façon possible pour le plaisir de distraire, créer une ambiance, ou pour apporter la preuve de sa supériorité. Les spécialistes des anecdotes drôles procèdent, généralement, par centres d’intérêt. Ils peuvent faire rire, par exemple, en racontant des histoires extravagantes de cuisinières maladroites, de menteurs qui se font prendre, de couples mal assortis, de scènes de ménage et que de situations drôles en milieu social!
On dit, par exemple, qu’un jour, un homme armé d’un fusil alla à la chasse et, miraculeusement, il avait réussi à tuer un lièvre qu’il se dépêcha de ramasser, et fou de joie, il rentra chez lui la gibecière garnie. Mais au moment où il exhiba le produit de sa chasse, quelqu’un lui fit remarquer qu’il n’avait jamais eu la chance de rapporter même le plus petit gibier et ce jour-là, il abattit un lièvre. Sa joie fut telle qu’il avait omis de ramasser le fusil, ce qu’il avait de plus cher.
Les histoires transmises de bouche à oreille depuis de générations n’ont pas pris une ride et continuent de faire éclater de rire. La meilleure a eu pour cadre une salle d’examen. Le professeur chargé de l’épreuve arriva en retard alors que les étudiants et les surveillants étaient là et las d’attendre. Ce professeur responsable de l’examen fut tiré à quatre épingles et au lieu de se soucier pour son retard, il n’arrêtait pas de se dandiner, quand tout à coup ses lunettes chèrement payées lui tombèrent par terre et se brisèrent en mille morceaux. Ce fut un rire général.
par A Boumediene







