Cinéma: Ahmed Bedjaoui juge la production cinématographique algérienne en 2007 de Record absolu

La réalisation d’une vingtaine de longs et courts métrages, dans le cadre de la manifestation "Alger, capitale de la culture arabe 2007", représente un "record absolu" dans l’histoire de la production cinématographique algérienne, estime M. Ahmed Bedjaoui, producteur et critique de cinéma.

"Cette profusion de films indique la vitalité du secteur productif et le désir des cinéastes algériens de défendre coûte que coûte leur métier", a-t-il indiqué dans un entretien à l’APS, soulignant la volonté des pouvoirs publics de soutenir la production cinématographique.

Cet expert international en télévision et cinéma a souligné, à cet égard, l’"urgence" d’adopter une loi sur le cinéma au vue de cet "important élan de soutien", rappelant que "le plus gros producteur de films a été, il y a plus de trente ans, l’entreprise de la Radio et Télévision algérienne (RTA) avec des pics de 13 longs métrages par an".

Il a tenu à préciser que ce nombre de films sortis en une année, "est le chiffre annuel le plus élevé relevé dans la production cinématographique algérienne depuis l’Indépendance", ajoutant que cette production est d’une qualité "inégale".

"Dans un lot de 20 films, il y en a quelques uns qui sont très bons, d’autres moyens et certains faibles", a-t-il indiqué, assurant que cela représente "le cas partout ailleurs".
Concernant la loi sur le cinéma qu’il soutient, M. Bedjaoui a souligné qu’"elle doit englober tous les secteurs, et en particulier prévoir des facilités fiscales pour permettre la reconstitution du parc des salles".

M. Bedjaoui a fait savoir que cette reconstitution se fera, "grâce notamment à la construction de multiplexes modernes avec toutes les commodités d’accueil pour les familles". "Malgré ces bons résultats, il ne faut pas crier victoire trop tôt. Je dirais que le cinéma algérien reste plus prometteur par son passé que par sa situation actuelle", a-t-il toutefois indiqué, expliquant cela par le fait que "la production n’est pas le seul indicateur positif" pour l’avenir du 7ème art en Algérie. "Produire des films qui ne sont vus que par quelques milliers d’Algériens dans une poignée de salles, n’est pas une situation enviable", a-t-il déploré, ajoutant qu’"il est paradoxal que la Télévision supporte des films qu’elle ne diffuse parfois même pas".

M. Bedjaoui a estimé que "tout cela n’obéit pas aux lois du marché et reste trop largement dépendant des Mounasabate (occasions, ndlr) ou de la volonté de quelques personnes dévouées", affirmant que "des efforts restent à faire" dans ce domaine.
La "vraie" solution pour la relance du cinéma national réside, selon lui, en "la restauration des salles de cinéma et, de manière concomitante, la construction de complexes de multisalles", soulignant que les films produits ont besoin d’"un vrai" marché avec un circuit "important" de salles, car, a-t-il ajouté, le fonds d’aide à la production "ne devrait plus dépendre des subventions de l’Etat, mais des entrées des salles".

Interrogé sur le volet formation des métiers du cinéma en Algérie, M.Bedjaoui a indiqué qu’"il est temps" qu’une nouvelle génération de techniciens prenne la relève des anciens, saluant, dans ce sens, l’existence de l’Institut supérieur des métiers de l’audiovisuel et des arts du spectacle (ISMAS), qui s’attelle à former dans les métiers du cinéma.

Concernant l’utilité du cinéma pour la société, le critique a tenu à rappeler que le 7ème art algérien a porté "très haut" l’image du pays, citant comme exemple les films "La Bataille d’Alger", "La Chronique des Années de braise", "Z" ou "Omar Gatlatou", qui ont, a-t-il dit, apporté à l’Algérie une "visibilité immense".

Enfin, M. Bedjaoui a indiqué avoir constaté "avec plaisir" l’émergence d’un jeune cinéma populaire de divertissement dont le public a besoin, a-t-il estimé, ajoutant que le "rajeunissement" dans le cinéma algérien est un "réel" signe d’espoir.

El-Moujahid, 2008. Tous Droits Réservés.