Moins d'un an après sa relaxe, l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo comparaît devant la cour d'appel de Paris pour répondre des caricatures de Mahomet publiées en février 2006 et considérées comme injurieuses par des organisations islamiques.
Le 22 mars, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris avait relaxé Philippe Val, directeur de publication du journal.
Deux des trois principales parties civiles, l'Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Ligue islamique mondiale (LIM), avaient alors fait appel, tandis que la Grande Mosquée de Paris avait décidé de se satisfaire du jugement.
Evoquant "une question de principe", la LIM avait alors dit vouloir "se ménager l'accès vers la Cour européenne des Droits de l'Homme, en cas de déboutement généralisé par les cours françaises".
Le procès d'appel, qui se tiendra devant la 11e chambre de la cour, durera une seule après-midi, contre deux journées en première instance.
Alors qu'il y a un an, les avocats de Charlie Hebdo, Mes Richard Malka et Georges Kiejman, avaient fait citer une quinzaine de témoins, dont François Hollande et François Bayrou, ils ne les solliciteront pas de nouveau en appel.
Le parquet n'ayant pas interjeté appel, Philippe Val n'encourt plus aucune peine ni de prison, ni d'amende. Seuls sont en jeu d'éventuels dommages et intérêts.
L'UOIF et la LIM reprochent à Charlie Hebdo d'avoir publié trois caricatures qui, selon elles, constituent une "injure stigmatisant un groupe de personnes à raison de sa religion".
Parmi les trois dessins incriminés figurent deux caricatures qui avaient été déjà éditées dans le journal danois Jyllands-Posten en septembre 2005 et avaient provoqué une flambée de violence anti-danoise dans le monde musulman.
L'un représente Mahomet portant un turban représenté sous la forme d'une bombe, dissimulant une mèche et un détonateur allumé prêt à exploser et l'autre, le prophète accueillant des kamikazes au paradis avec la légende "arrêtez, arrêtez, nous n'avons plus de vierges".
Le troisième dessin est une oeuvre de Cabu, dessinateur habituel du journal, représentant Mahomet se prenant la tête dans les mains et déclarant: "c'est dur d'être aimé par des cons". A la gauche du dessin, une légende précise: "Mahomet débordé par les intégristes".
Le 22 mars, le TGI a considéré que la caricature de Cabu ainsi que celle ayant pour thème le paradis visaient très clairement les intégristes et non les musulmans dans leur ensemble. Elles ne pouvaient donc être considérées comme une injure stigmatisant les croyants de cette religion.
En revanche, le tribunal s'était plus longuement intéressé au dessin sur le turban-bombe de Mahomet, avant d'estimer en définitive que "les limites admissibles de la liberté d'expression n'avaient pas été dépassées".
L'islam, dans son interprétation stricte, interdit toute représentation de Mahomet. En août, la publication dans un journal suédois d'un dessin représentant le prophète avec un corps de chien avait également déclenché une vive polémique et son auteur avait reçu des menaces de mort.
En visite au Parlement européen, la semaine dernière à Strasbourg, le grand mufti de Syrie, cheikh Ahmad Badreddine Hassoun, a appelé les journalistes européens à la prudence. "Une simple information peut déclencher une guerre. Si un homme meurt à cause d'une information que vous avez relayée, sa mort sera sur votre conscience", a ainsi prévenu le dignitaire religieux.
Selon AFP, Paris. 2008, Tous Droits Réservés.







